| Témoignage Lorraine Taillefer | | | | (le témoignage s’est échelonné sur plusieurs jours) Après avoir décrit le rôle de la direction générale, Lorraine Taillefer a expliqué à la Cour la dualité qu’elle vivait du fait d’être à la fois employée de l’État et gestionnaire de la CSFY.« Lorsque je suis entrée en poste, le sous-ministre adjoint m’avait exprimé très clairement qu’il était mon superviseur immédiat. J’avais des réunions hebdomadaires avec lui. C’est avec lui que je devais planifier la prochaine année. Ensuite, par l‘entremise de la nouvelle sous-ministre, on m’expliquait que j’étais maintenant redevable à la CSFY. » Sur le plan financier, Madame Taillefer a expliqué à la Cour que le ministère a soudainement facturé à la CSFY, des services qu’il avait auparavant toujours déboursés. Ou encore, il s’est mis à refuser de payer des factures qu’ils payaient précédemment. Elle a donné pour exemple les factures de publicité pour la campagne printanière de recrutement que le ministère a toujours déboursées, pour toutes les écoles du Yukon. En 2010, le ministère a décidé qu’il ne paierait plus cette facture pour l’école francophone. Aussi, comme les fonds que le ministère transferts à la CSFY sont en quatre versement égaux, et que les dépenses dans le milieu scolaire sont souvent concentrées au début de la saison, cela entraîne des problèmes importants dans l’administration. « Nous tentons de connaître le coût par élèves concernant la formation afin de savoir quelle est notre part à assurer pour répondre à nos obligations selon l’article 23. Nous n’avons jamais obtenu ce chiffre. » Mme Taillefer a expliqué qu’à la réunion au cours de laquelle chaque école reçoit sa dotation, le directeur d’Émilie-Tremblay était le seul à ne pas savoir combien de ETP (équivalent temps plein) lui étaient alloués. « En ne recevant pas notre dotation, nous étions dans l’incertitude. De plus, encore une fois, nous étions dans la micro gestion. Car ce n’est pas la commission scolaire qui reçoit sa dotation, mais la direction de l’École. » La CSFY évalue à environ 400 le nombre d’enfants d’ayants droits au Yukon. « Mais ce n’est pas une certitude », a expliqué Mme Taillefer. « Nous avons demandé l’aide du ministère pour conduire une étude sur le nombre d’enfants d’ayants droit. La demande était la liste des élèves afin que l’on puisse les contacter aux fins d’identification. Le gouvernement n’a pas offert de réponse. Pour nous, il est important de rejoindre les parents pour leur expliquer les différences entre les programmes d’immersion et de français langue première. » « Nous avons demandé que les parents puissent cocher une case sur le formulaire pour identifier les ayants droits yukonnais, tout comme ils peuvent actuellement s’identifier comme appartenant à l’une des premières nations du Yukon sur le formulaire officiel. » Concernant l’Académie Parhélie, la directrice générale a dit être consciente que le ratio élèves-enseignants est très favorable. « Mais il est évident aussi que la mise sur pied d’un nouveau programme demande de gros investissements au départ. Les programmes actuellement populaires auprès des jeunes, dans les écoles anglophones, ont nécessité également de gros investissements au départ. Il y a plusieurs programmes ou initiatives qui ont tous été appelés projets pilotes et qui ont été soutenus par le ministère dans les écoles anglophones. Pourquoi nous couper l’herbe sous le pied maintenant ? » « Pour les élèves qui désirent faire des arts industriels, ou qui ont besoin d’être dirigés vers ce genre d’activités, nous demandons pour septembre un poste d’enseignant spécialisé. Nous sommes conscients, même si ce n’est vraiment pas l’idéal, que les cours qui pourraient être offerts par cet enseignant dans les locaux d’une autre institution. » Au niveau de la gestion, la CSFY, n’a pas de regard sur le budget opérationnel de l’école (sur les 65 000 $ qui sont versés directement à l’école en guise de budget opérationnel). Au niveau des ressources humaines, le comité chargé d’établir la nouvelle formule de dotation ne prenait pas en compte la réalité francophone. « Nous avons envoyé une lettre demandant au ministère l’établissement d’une formule de dotation tenant compte de nos besoins.On nous a dit que la Colombie-Britannique majorait de 15 % la dotation pour compenser la difficulté d’enseigner en milieu minoritaire et que le Yukon offrait le même pourcentage. Mais en Colombie-Britannique, cet ajout est calculé sur un coût par élève et non pas sur un nombre de postes d’enseignants, ce qui est très différent. Ajoutons aussi que les besoins présents dans les villes du Sud ne peuvent être jugés comparables aux besoins des enfants du Yukon. » Les demandes de la CSFY en termes de ressources humaines sont précises et il ne s’agit pas de pourcentage. « Nous avons besoin d’un enseignant supplémentaire au Jardin, car le ratio, à notre avis, ne peut-être plus élevé qu’un enseignant pour 12 enfants. Le ratio du ministère commande plutôt 20 enfants pour un enseignant. Les postes en francisation sont essentiels. Nous voulons un enseignant en art industriel, les fonds pour mettre en place une classe ressource pour nos élèves en difficulté, 2 postes en direction afin d’avoir quelqu’un pour diriger le secondaire et une autre pour le primaire. La CSFY veut aussi un enseignant de musique pour offrir les cours de la maternelle 4 ans jusqu’à la 12e. » « On ne nous accorde pas de poste pour le français langue première alors que nous achetons au ministère un poste temps plein pour l’anglais langue première. Nous avons besoin d’une dotation en anglais langue seconde. De plus, les postes que nous achetons au ministère nous sont facturés de manière aléatoire et cela complexifie la gestion. » Mme Taillefer a fait la démonstration que toutes les ressources humaines sont administrées en anglais seulement alors que, selon la CSFY, les employés ont droit à des services en français en vertu de la Loi sur les langues officielles du Yukon. Du côté du transport scolaire, la CSFY aimerait avoir la possibilité, dans le futur, d’avoir des chauffeurs francophones, la diffusion de la musique francophone dans les véhicules, et l’établissement de circuits répondant aux besoins de la communauté. « Chaque année, la CSFY prépare son budget et l’envoie au ministre. Par la suite, il n’y a aucune consultation. En mars dernier, pour la première fois, le ministre a entériné le budget à la date prescrite. Sur un budget total de 4 millions, seul 500 000 $ atteignent nos coffres. Nous gérons donc 10 % seulement de notre budget et le ministère gère 90 %. Même cette petite portion est soumise à plusieurs contraintes sur la manière dont elle doit être dépensée. De plus, plusieurs budgets doivent être négociés à la pièce. Comme l’Académie Parhélie, l’achat d’autobus, l’ouverture de la maternelle 4 ans, le programme de francisation, etc. Il est extrêmement difficile de planifier. » « Le ministère accueille les plaintes des parents et traite les plaintes sans transmettre les dossiers à la CSFY. » « Pour le démarrage de l’Académie, le MÉY avait négocié 200 000 $ qui furent versés dans nos coffres, mais la contribution du gouvernement du Yukon, 375 000 $, n’a jamais été déposée dans notre compte. Une lettre a pourtant récemment été envoyée aux parents en laissant entendre le contraire. » Il y a aussi un problème concernant le programme d’information sur les élèves qui vient d’être adopté par le ministère. Ce dernier ne peut accepter ni les accents, ni les cédilles sur les noms des élèves. En français, comme dans plusieurs autres langues, l’absence d’accent correspond à une faute d’orthographe. Mme Taillefer a aussi expliqué les besoins technologiques de la CSFY. « Étant en milieu minoritaire, nous avons besoin de ressources technologiques pour donner à nos élèves l’accès à un maximum d’information et d’outils d’apprentissage. » Elle a aussi relaté que quantité de livres avaient patienté plusieurs mois sur les tablettes du ministère, faute de personnel bilingue capable de les codifier. « Nous aurions pu codifier nous même, mais les règles du ministère nous en empêchent. » En résumé, Mme Taillefer a livré un témoignage visant à établir que la CSFY n’est pas en mesure de gérer efficacement. Elle réclame du gouvernement un montant par élève, « le même que celui attribué aux autres élèves du Yukon », en plus des fonds que le gouvernement fédéral fait parvenir au Yukon pour financer les coûts supplémentaires liés à l’éducation en milieu minoritaire. Il serait alors possible de gérer et de développer le système d’éducation en français langue première en fonction des besoins réels. | | |
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