Compte-rendu du procès: 1er juin
 

La journée a débuté par le contre-interrogatoire du témoin expert de la CSFY, Lee Kubica.

Monsieur Kubica a été appelé à la barre à cause de sa grande expérience dans le monde de l’éducation au Yukon. Il a été enseignant au Yukon de 1971 à 1992. Il a ensuite occupé divers postes administratifs. Il a été directeur du département des sciences à l’école secondaire FH Collins ou il est devenu directeur adjoint, puis directeur, de 1999 à 2002. Il fut ensuite sous-ministre adjoint de 2005-2007.

Le témoin expert est venu expliquer à la Cour le contenu du rapport qu’il a préparé pour la CSFY sur les motivations qui amènent les jeunes à quitter l’école Émilie-Tremblay pour les écoles anglophones, surtout au secondaire. À son avis, il y a cinq facteurs qui ont un impact significatif sur la rétention des élèves et il les a détaillés de la manière suivante.

 1-Variété des programmes :
Le taux de rétention est beaucoup lié aux cours optionnels disponibles. Les programmes spécialisés offerts représentent aussi des éléments majeurs qui motivent la décision des jeunes de changer d’école. Les programmes de Wood Street en science et en arts sont des exemples probants de cette tendance. Des programmes plus simples, tels ceux offerts à Vanier, qui a développé une formation en espagnol par exemple, représentent aussi des options alléchantes.

 2-Variété du personnel enseignant et multiplicité des cours offerts.
Les jeunes aiment avoir plusieurs enseignants différents. Ils s’identifient à différents adultes à l’intérieur de l’école. Ils apprécient également de pouvoir effectuer un choix de cours parmi une vaste gamme. Les grosses institutions comme FH Collins peuvent offrir une grande variété de cours et cela leur procure un grand pouvoir d’attraction. Les écoles secondaires de Whitehorse à cause de leur nombre d’élèves inscrits sont en mesure d’offrir une variété de niveaux de cours dans une même matière. Par exemple, trois niveaux de mathématiques, etc.

 3-Le niveau de financement :
Il est évident que le nombre de cours est tributaire du nombre d’enfants et c’est ce nombre qui, ultimement, commande le niveau de financement. Certains cours sont très chers à offrir, car ils exigent beaucoup d’équipement. Par exemple, pour les cours de musique, il faut acquérir des instruments. De la même manière, certains cours de science exigent des équipements particuliers et des instruments particuliers.

 4-Le pouvoir d’attraction d’une plus grande école
Les institutions scolaires comptant un grand nombre d’enseignants et de variété de cours attirent les jeunes. Et s’ajoute à cela la loi du nombre qui exerce aussi, à cet âge, une force d’attraction indéniable. L’expert a exprimé que les élèves d’Émilie-Tremblay sont plus à risque de succomber à cette forme d’attraction qu’un enfant vivant à Mayo ou Faro. Ces derniers, à cause de la distance, n’auraient pas facilement l’accord de leurs parents.

 5-Les infrastructures
L’expert a exprimé que l’école Émilie-Tremblay ressemble beaucoup plus à une école rurale, alors qu’elle est située en ville. Les jeunes adolescents côtoient chaque jour des enfants de niveau primaire, du Jardin à la 6e année; les équipements et les lieux physiques sont ceux d’une école primaire.

Lorsque Me, Lepage, l‘avocat de la CSFY a demandé à l’expert ce qui, à son avis, devait être fait par l’école pour garder les élèves à l’Académie Parhélie, il a répondue : « Le point majeur est de donner le choix. Il y aura toujours un mouvement vers les écoles anglophones s’ils n’ont pas une augmentation des choix de cours. Une fois que les cours de base sont offerts dans l’École, il faut du personnel pour offrir des cours d’intérêts divers avec des spécialisations ». Les élèves anglophones des communautés éloignées sont limités dans leur choix de cours par la distance. Les élèves d’Émilie-Tremblay n’ont qu’à sauter dans un autobus différent au coin de la rue et ils auront accès à une panoplie de cours en anglais.

Le témoin a ajouté que plusieurs cours d’intérêt n’étaient pas offerts à Émilie-Tremblay : physique, science de la terre, biologie.

 « Alors que la population étudiante du Yukon diminue (6 000 à 5 000 depuis 10 ans), la population d’Émilie-Tremblay augmente. L’école a de bons enseignants. Le programme de l’Académie Parhélie est positif, mais il oblige tout le monde à passer par le même chemin. Si un élève francophone souhaite faire des sciences et qu’il fait des arts pendant 6 mois, cela n’est pas stimulant. »

« Les élèves qui quittent pour étudier durant le semestre que dure un programme spécial offert par une école anglophone, comme ceux offerts par FH Collins, reviennent rarement à leur école d’origine. Tout comme leurs collègues anglophones d’ailleurs. »

 L’étude de M. Kubica démontre que lorsqu’une école diversifie son offre de cours, le nombre d’élèves augmente. Ce fut d’ailleurs le cas de l’École Vanier qui a vu son nombre d’élèves augmenter lorsqu’elle a mis en place son programme d’espagnol.

Maître Faille a tenté de faire dire au témoin que l’exode des jeunes pouvait être attribué à leur situation d’exogamie, suggérant qu’il soit tout simplement naturel que les parents qui auraient choisi le français pour l’éducation primaire se tournent vers l’anglais pour l’enseignement secondaire. L’expert a dit ne posséder aucune donnée supportant une thèse de cette nature.

 

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